Pollution : les réserves d’eau « fossile » sont impactées

On les pensait à l’abri de la pollution engendrée par l’activité humaine. Un étude publiée estime que les eaux « fossiles », ces réserves liquides profondes vieilles de plusieurs milliers d’années, sont bel et bien vulnérables à la pollution moderne. Et face à la multiplication des sécheresses et à la baisse des nappes phréatiques, le recours à ces eaux se fait plus régulier. Protéger leur qualité est donc une priorité.

Sous terre, entre 250 m et 1 km de profondeur, plus de la moitié des puits sont essentiellement nourris d’eau issue de précipitations intervenues il y a plus de 12.000 ans, avant le début de l’ère Holocène, selon ces travaux présentés mardi à Vienne devant l’Union européenne des sciences de la terre. Plus près de la surface même, ces eaux « fossiles » sont aussi présentes.

Les chercheurs ont analysé 6.455 aquifères, en Europe et aux Etats-Unis mais aussi au Japon, en Inde ou au Sénégal, usant de méthodes de datation par le radiocarbone (l’eau plus « jeune » en étant plus dosée, de par son exposition récente à l’atmosphère).

De l’eau vieille de 12 000 ans

Selon les zones, 42 à 85% de l’eau stockée dans le premier km de la croûte terrestre a plus de 12.000 ans (avec une part qui se réduit -10 à 63%- quand l’aquifère est à moins de 100 m de profondeur), selon l’étude parue dans Nature Geoscience. « Une part substantielle de l’eau douce dans le monde est d’âge fossile, » souligne un des auteurs, Scott Jasechko, de l’Université de Calgary. « Seule une petite portion des eaux souterraines est récente, quelques années ou quelques décennies ».

Mais cette ressource ancienne, qui aujourd’hui fournit de l’eau potable ou permet par exemple d’irriguer les champs de Californie (avec un aquifère à – 260 m pour le sud de la vallée centrale) ou de la grande plaine de Chine du nord, est fragile.

Présence d’eau de pluie

« On imagine souvent que ces eaux sont non touchées par les contaminations modernes », soulignent les auteurs. Il n’en est rien. Car dans la moitié des nappes contenant de l’eau « ancienne », les chercheurs ont aussi trouvé la présence d’eaux de pluie ou de neige plus récentes -infiltrées par exemple via les zones plus perméables ou les fuites sur les puits. Une source potentielle de pollution de ces eaux fossiles.

« Les eaux de puits ‘fossiles’ sont plus vulnérables aux contamination par les polluants modernes que nous le pensions, » pointent les auteurs. « Sécuriser l’approvisionnement en eau potable reste un défi pour des centaines de millions d’individus », souligne M. Jasechko. « Il faut gérer ces ressources souterraines anciennes de manière durable, et veiller à leur qualité », insistent les auteurs, alors que, face aux sécheresses accrues ou au déclin de certaines nappes phréatiques, le recours aux eaux souterraines tend à s’accélérer.